
Pour quelles raisons avoir choisi de postuler pour le poste de Conseiller Technique Régional ? (CTR)C'est une évolution qui devait être faite maintenant puisque cela faisait plus de 13 que j'enseignais au sein d'une structure, donc pour moi c'était une suite logique et normale en sachant que 13 ans dans une structure c'est beaucoup pour un enseignant car en général la durée moyenne dans ce métier est de 5 ans parce que c'est assez dur physiquement. Et puis les motivations changent aussi et c'est ce qui m'a poussé dans cette direction. Le poste c'est créé il y a peu de temps, mais au sein du CRENC cela fait déjà un petit moment qu'on en parlait car il y avait à mon avis un réel besoin donc dès que les budgets ont été débloqués, j'ai postulé tout simplement. Pour moi c'est une évolution.
Un CTR c'est un enseignant qui essaye d'avoir une vision globale de son métier et pour moi c'est important car je vais peut être pouvoir continuer à rechercher et à améliorer l'aspect pédagogique.
Quel va être votre rôle au niveau des intitulions, quelle sera la part de bureaucratie et de travail sur le terrain?Comme dans tout métier il y évidemment une partie administrative. Là nous sommes au tout début puisque le poste se met en place. Après il y a plein de projets car on essaye d'établir des plans de façons pyramidale. Une des priorités, même s'il y a toujours la partie compétition, c'est la formation continue des enseignant qui le désirent. En effet nous avons beaucoup de jeunes enseignants qui sortent de formation et qui peuvent se sentir un peu isolés, il s'agit donc justement de les maintenir à cheval et de les motiver justement pour éviter cette perte d'enseignants après quelques années. Il faut qu'ils se sentent mieux dans leur métier, moins seuls et c'est le rôle et une des priorité du CTR de continuer à mettre les enseignants à cheval pour que de façon pyramidale ces mêmes enseignants aient envie de faire monter leurs élèves à cheval et qu'ils ne soient pas trop vite blasés.
Par ailleurs, je vais être théoriquement assimilé aux autres CTR du Territoire qui se réunissent régulièrement lors de réunions à la DJS (Direction de la Jeunesse et des Sports) sur tous ce qui est sportif, on va donc essayer, au niveau de l'équitation, de s'intégrer dans le même schéma que les autres CTR dans les autres disciplines. Pour l'instant, bien sur je prends un peu mes repères.
Parlez nous de vos débuts, y a t'il eu un évènement où une rencontre qui a déterminé de votre carrière?Je n'ai pas commencé à monter à cheval très tôt puisque j'ai débuté vers l'âge de 13 ans, mais depuis toujours j'avais une attirance pour le cheval. Mes parents m'ont inscrit dans un centre équestre et ça a commencé comme ça, après très vite le cheval prenait tellement d'importance au quotidien qu'on a recherché une formation adaptée pour que je puisse continuer dans ce domaine. J'ai été formé à l'Ecole Nationale des Haras en Normandie au Haras du Pin. Je suis resté en internat pendant 3 ans pour pouvoir passer un CAP de cavalier-soigneur comme on l'appelait à l'époque.
C'était très différent de maintenant, c'était un internat, des dortoirs, la vie était un peu dure mais je n'ai que des bons souvenirs. Ensuite j'ai fais l'armée dans une SHN, (Société hippique nationale), c'est un centre équestre militaire et civil, car à l'époque où il y avait le service militaire il y avait des SHN pour les appelés qui étaient des jockeys ou des professionnels de l'équitation. Ils faisaient monter les militaires ou les familles et les enfants de militaires.
C'était le même fonctionnement qu'un centre équestre sauf que c'était militaire. J'ai donc fait mon service puis je suis revenu au Haras des pins où j'ai passé mon monitorat. J'étais surveillant d'internat pour pouvoir payer ma formation du BEES 1er degré et cela à duré 2 ans.
Ensuite j'ai travaillé 2 ans dans l'écurie de Monsieur Delaveau et enfin je suis arrivé sur en Nouvelle-Calédonie.
Cela c'est fait tout à fait par hasard. Un ami que je connaissais de chez Delaveau avait reçu une offre d'emploi d'un centre équestre en Calédonie qui recherchait un enseignant et qui il me l'a transmis. J'y ai répondu et il se trouve que le maréchal ferrant qui travaillait dans cette structure où j'ai postulé avait fait la même formation que moi à l'époque de mon CAP. Cela a accéléré les choses. Je suis donc arrivé au Haras de Tontouta où je suis resté 13 ans.
Pendant cette période j'ai fait quelque aller-retour avec la métropole notamment 7 mois chez Hervé Godignon et puis pour passer mon BEES 2.
Pour la petite histoire, lorsque j'étais chez Delaveau, j'ai croisé Florent Razavet
* qui était lui aussi employé stagiaire comme moi, c'est là qu'on se rend compte que le monde est petit!
Comment allez-vous concilier votre entraînement personnel et le travail des chevaux avec vos nouvelles fonctions?Je vais essayer de m'organiser comme tout ceux qui ont un travail et qui ont aussi des chevaux. Ca va être sur mon temps libre, je vais bien entendu monter un peu moins, mais c'est l'apport de l'expérience qui permet aussi de monter moins mais peut être mieux. Pour l'instant ça ne me pose aucun problème, je monte après le travail, le soir et ça se passe très bien. J'ai moins de jeunes chevaux même si, effectivement c'est vers la formation des chevaux aussi que je vais m'orienter et puis j'ai toujours mes chevaux dont je dois m'occuper. Je suis comme tous les autres cavaliers, je me débrouille.
Cela étant, tout ce qui a un attrait au cheval m'intéresse, si j'ai des jeunes chevaux à travailler je le ferais, mais si je suis amené à travailler des chevaux qui ont plus de métier je le ferais aussi, je n'ai pas de préférences. C'est la même chose par rapport aux disciplines, je n'ai pas de préférences, ce qui me plaît dans le cheval c'est avant tout le cheval et la recherche dans l'équitation.

Lucien Grüss dit que les chevaux lui ont appris à être plus humain est-ce votre cas? Déjà il faudrait définir ce qu'il entend par humain, si c'est mieux comprendre les hommes ou plus s'en détacher? Si plus humain c'est à comprendre dans le sens noble du terme alors oui, ça nous apprend à grandir. Si humain c'est toujours essayer de soumettre et de dominer la nature, alors ça ne me correspond pas car pour moi ce n'est pas une histoire de soumission mais de collaboration.
Ce qui m'intéresse justement c'est cet échange, si humain c'est être à l'écoute et proche de la nature et de l'animal alors oui, ça apprend beaucoup d'humilité si on se donne la peine de les écouter. Les chevaux sont des animaux très gentils et cet effort d'humanité doit venir de nous sinon du fait de leur gentillesse ils donnent l'impression d'être soumis mais en fait ils se mettent dans leur bulle et on ne les intéresse plus car il n'ont pas ce côté révolte que certains autres animaux ont.
L'intérêt justement, c'est que le cheval s'intéresse à nous, c'est ça qui est passionnant mais je ne suis pas sûr qu'on y parvienne.
Historiquement on se rend compte justement que les grands écuyers à la fin de leur vie commencent tout juste à comprendre cet animal et l'intérêt justement c'est peut-être ça, qu'on en n'a jamais fait le tour, que ce sont des animaux extraordinaires….c'est ça qui est bien, de ne pas en faire le tour!
Vous n'aurez plus de sucres dans vos poches avec ce nouveau challenge?J'en ai toujours dans les poches et puis ça marche aussi avec les humains, dans les bureaux! C'est un changement de vie c'est vrai, mais je ne vis pas dans le regret, j'avance, le passé sert d'histoire, ne pas refaire les mêmes erreurs, ça sert à avancer. C'est un changement dans la continuité, j'évolue, et puis j'avance dans l'âge, mes attentes ne sont plus les mêmes, mais je passe toujours autant de temps avec les chevaux que nous aimons tous. Ce qui est sur c'est que le budget sucre dans le ménage Damas est toujours aussi important!
Propos reccueillis par
Myriam Masson
* Educateur sportif chargé de l’équitation à la Direction de la jeunesse et des sports de la Province Sud de Nouvelle-Calédonie
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